laboratoire de sociolinguistique
 


Un anglais « comme aucun autre » ? : contact et changement linguistiques au Québec

Chercheur principal : Shana Poplack
Co-chercheur : James A. Walker
Conseil de recherches en sciences humaines du Canada
Subvention de recherche no 410-2002-0941 [2002-2005]

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Le succès inégalé des lois linguistiques au Québec a fondamentalement transformé les rapports entre l'anglais et le français dans la province. Les idées reçues veulent que l'anglais, en tant que langue minoritaire, a subi des changements linguistiques dûs au contact avec le français. Cependant, cette hypothèse n'a jamais reçu d'appui empirique.

Notre recherche vise à vérifier, de façon scientifique, l'hypothèse que l'anglais du Québec subit des changements dûs au contact avec le français. Contrairement aux travaux antérieurs, l'accent sera mis sur la langue parlée, et en particulier les structures variables de temps et d'aspect qu'elle contient. Notre approche comprend trois volets. Nous examinerons l'hypothèse de changement à travers le temps (apparent) en comparant la langue parlée des anglophones qui ont 1) acquis leur vernaculaire avant la Révolution tranquille des années 1960 et 2) demeuré sur place, avec celle des générations plus jeunes. Le changement dû au contact, s'il a eu lieu, devrait être plus évident parmi ceux qui ont acquis l'anglais après que la loi 101 et celles qui l'ont suivie sont entrées en vigueur. Deuxièmement, afin d'éliminer la possibilité que des distinctions (éventuelles) entre l'anglais de ces deux groupes d'anglophones soient simplement le résultat d'une évolution interne indépendante, nous ajoutons une composante socio-démographique à la comparaison temporelle. Nous comparons l'anglais de trois centres urbains dans lesquels la proportion de résident(e)s dont l'anglais est la langue maternelle varie grandement : Québec, Montréal, et Oshawa (groupe contrôle). Si un statut minoritaire est favorable au changement linguistique dû au contact, tel que l'affirment plusieurs, les effets de ce changement devraient être les plus évidents à Québec, où les anglophones de langue maternelle constituent un groupe minoritaire autant sur le plan provincial que local depuis au moins 1850. Finalement, à l'aide de l'approche variationniste à l'analyse sociolinguistique et des méthodes comparatives qui nous ont permis d'étudier d'autres questions liées au bilinguisme et au contact linguistique, nous déterminerons l'existence et la direction du changement en comparant la structure linguistique premièrement des variétés en contact, et ensuite avec celle de leur source supposée : le français. Sur le plan linguistique, l'accent sera mis sur les structures grammaticales de l'anglais qui semblent avoir des contreparties françaises, telles que celles employées pour l'expression variable de la référence temporelle présente, passée et future. De telles structures sont censeés constituer de bons candidats pour le transfert.

Les résultats de notre recherche contribueront non seulement à élucider les mécanismes liés au changement dû au contact dans une variété de situations socio-démographiques, mais aussi, de façon plus générale, à caractériser l'anglais canadien, une variété linguistique qui a été déplorée comme « sous-étudiée ».

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