laboratoire sociolinguistique
 


Variation, prescription et praxis : le contact et l'évolution des systèmes grammaticaux

Chercheur principal : Shana Poplack
Conseil de recherches en sciences humaines du Canada
Subvention de recherche no 410-99-0378 [1999-2002]

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Cette recherche est axée sur des questions concernant la parenté grammaticale entre les variétés d'une même langue, variétés qui diffèrent selon la période historique parmi d'autres dimensions, ainsi que la parenté entre différentes langues parlées dans une même communauté linguistique. Elle examine le lien entre les variétés parlées et écrites, et l'effet de la normatisation sur la langue vernaculaire, ainsi que l'effet des distinctions de prestige, de scolarisation et de provenance géographique. Comment déterminer le précurseur probable d'une variété linguistique moderne, étant donné cette multiplicité d'origines possibles? Et jusqu'à quel point les différents processus de mélange de langues et dialectes sont-ils productifs? Y a-t-il une réserve de ressources linguistiques communautaires au-delà de l'individu, porteuse des mécanismes de l'évolution des langues? À mesure que les communautés divergent sur le plan historique, géographique et sociologique, comment et pourquoi ces ressources partagées sont-elles sélectionnées de façon différentielle par chaque groupe, les différences entre eux s'amplifiant graduellement au point de devenir diagnostiques de l'appartenance à un seul?

Le premier volet de ce programme traite des origines, du développement et de la présente structure grammaticale de l'anglais vernaculaire afro-américain (African American Vernacular English [AAVE]), à partir de l'analyse de quatre variétés géographiquement et historiquement isolées les unes des autres, ayant toutes comme ancêtre une étape antérieure de l'anglais : l'anglais africain de la Nouvelle-Écosse (African Nova Scotian English), l'anglais de Samaná (Samaná English) en République dominicaine, et l'anglais d'anciens esclaves du Sud des États-Unis (Ex-Slave Recordings). Nous traçons le développement de traits grammaticaux tels que la négation non-standard, l'alternance was/were, l'absence d'inversion dans les questions, le pluriel nul, et l'absence du -s du présent simple, à travers l'évolution de la langue anglaise, et étendons les analyses traditionnelles de ces variables à des secteurs grammaticaux entiers. Nous lions nos résultats aux ressources disponibles aux communautés antérieures, et aux processus ultérieurs de sélection et de différenciation inter-communautaires. De nouvelles données historiques et de nouvelles analyses de données existantes mettent à l'épreuve notre thèse que le précurseur de l'AAVE était un stade antérieur de l'anglais plutôt qu'un créole.

Un second volet examine les rôles conflictuels de l'évolution vernaculaire et de la prescription grammaticale dans le français canadien. Ce travail inclut la localisation, collection et informatisation de textes représentatifs d'anciens parlers vernaculaires, et implique de nouveau une analyse historique détaillée où l'usage contemporain est confronté aux injonctions normatives. Le focus linguistique porte sur le secteur de l'irréalis, un domaine de la grammaire où un nombre de formes se font concurrence pour exprimer une seule fonction. Nous traçons la trajectoire par laquelle l'indicatif et le conditionnel en sont venus à constituer les choix privilégiés dans la plupart des contextes « exigeant » le subjonctif, le futur périphrastique (aller + infinitif) a pratiquement remplacé son équivalent synthétique et le conditionnel non-standard est présentement en voie de remplacer l'imparfait dans les protases des propositions hypothétiques en si.

Le troisième volet, sur le mélange de langues, traite des façons dont les variétés se combinent et s'influencent les unes les autres dans un environnement normatif défavorable, aussi bien sur le plan synchronique que historique. En premier lieu, nous portons attention aux conséquences linguistiques du mélange prolongé de codes sur les ressources grammaticales de l'individu et de la communauté. Nous testons l'hypothèse que l'alternance de codes donne lieu à la convergence grammaticale, que ce soit chez les individus qui ont souvent recours à ce procédé ou par rapport aux types de structures directement impliquées dans l'alternance. Nous tentons aussi d'expliquer la grande diversité de stratégies d'alternances de codes associées à différentes communautés, et pourquoi seuls quelques mécanismes parmi ce grand inventaire sont retenus dans chacune de ces communautés. Les préférences pourraient dépendre de la typologie linguistique des variétés sources, des origines historiques de la communauté et des rapports socio-politiques entre les sous-groupes unilingues à l'intérieur de la communauté. Ces facteurs seront évalués à l'aide d'une analyse multi-variée. Au niveau micro-sociolinguistique, des analyses de l'emploi différentiel des stratégies de mélange en fonction de facteurs sociaux permettent des inférences quant à la direction du changement éventuel.

Tout ce travail repose, entre autres, sur nos vastes banques de données portant sur de nombreuses variétés de langues. Ces banques de données, constituées au cours des années, sont maintenant accessibles et analysables de façon efficace grâce à des protocoles statistiques et d'autres outils éléctroniques développés au cours de l'analyse de dizaines de variables linguistiques lors de recherches précédentes.

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