laboratoire de sociolinguistique
 


De la synchronie à la diachronie dans l'évolution de l'anglais vernaculaire afro-américain

Chercheur principal : Sali Tagliamonte
Co-chercheur : Shana Poplack
Conseil de recherches en sciences humaines du Canada
Subvention de recherche no 410-95-0778 [1995-1998]

À la fin du 18e siècle et au début du 19e siècle, des Afro-Américains fuyant les Etats-Unis ont formé des colonies en Nouvelle-Écosse, en République dominicaine, au Libéria et ailleurs. Grâce aux enquêtes sur le terrain dans trois de ces communautés de la diaspora afro-américaine, nous avons obtenu un échantillon unique de la langue parlée par les descendants des colonisateurs originaux. En raison de la situation d'enclave qui existe depuis les débuts, la langue actuelle reflète assez fidèlement l'état de la langue anglaise à l'époque à laquelle elle a été transportée à la diaspora. Cette découverte offre une perspective sans précédent sur les précurseurs de l'anglais vernaculaire afro-américain (African American Vernacular English [AAVE]) moderne, sans laquelle les hypothèses sur les origines de ces variétés ne peuvent être testées.

Peut-être la question la plus controversée dans l'étude actuelle de l'AAVE est de savoir si les différences entre ce dialecte et les autres dialectes de l'anglais peuvent être attribuées aux structures grammaticales sous-jacentes qui proviennent d'un créole antérieur (l'hypothèse créoliste) ou si elles sont l'héritage des variétés britanniques parlées par le personnel blanc des plantations avec lesquels ils étaient en contact (l'hypothèse « angliciste »). Des constructions grammaticales qui semblent appuyer l'hypothèse créoliste sont illustrées dans les exemples (1) à (3), tirés de nos corpus.

1. Copule nulle :

She Ø always eating banana sandwich. (039/574)

2. Marque du passé nul :

When I lookØ in like that, and I lookØ in that door, and I lookØ back in that corner, I seen them great big eye. (030/884-6)

3. Marqueur du présent simple variable :

When they speaks to me, sayØ « hello, » I just lets it go, goØ on about my business. (010/25-6)

Jusqu'à récemment, cette controverse vivement débattue reposait uniquement sur des inférences tirées de l'AAVE contemporain. Les précurseurs de l'AAVE employaient-ils ce genre de forme grammaticale comme les créoles à base anglaise (ou montrent-ils des signes de l'avoir fait dans le passé)? Cette question a des conséquences quant aux débats sur les origines africaines de l'anglais des Noirs en Amérique du Nord et dans les Caraïbes.

Cette recherche examine l'emploi variable de formes grammaticales en fonction d'un grand nombre de facteurs sémantiques, syntaxiques, lexicaux, discursifs et pragmatiques tirés de sources historiques et théoriques. Une comparaison de nos données avec l'AAVE contemporain, avec les créoles à base anglaise et avec des dialectes anciens et régionaux de l'anglais, fournit des arguments importants contre l'hypothèse d'une origine créole. À l'aide de compilations statistiques et d'analyses à régression multiple, nous avons démontré que l'emploi variable de la copule, la négation, les marques du pluriel, du passé, du présent et futur, ainsi que la formulation de questions et les stratégies de relativisation, dans ces variétés est semblable à celui d'autres variétés (historiques, régionales ou standard) de l'anglais, mais diffèrent des créoles. Ce travail s'étend présentement à l'étude du présent (temps) et du passé habituel (aspect). Notre synthèse de ces résultats fournit une appréciation globale des origines et de l'évolution de l'AAVE en Amérique du Nord et aux Caraïbes et ses rapports avec les variétés de l'anglais parlées aux 18e et 19e siècles. De façon plus générale, les résultats servent à clarifier le genre d'influence que peuvent avoir les langues les unes sur les autres dans des situations de contact et la résistance de l'enclave au changement linguistique.

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